3 000 milliards d’arbres sur Terre

En combinant imagerie par satellite et données de terrain, des scientifiques ont ré-évalué à la hausse le patrimoine forestier de notre planète : elle héberge 7,5 fois plus d’arbres qu’on ne le pensait.

Vous étiez-vous déjà posé la question du nombre d’arbres existant sur Terre ? Depuis septembre 2015 et les travaux d’une équipe internationale menée par Tom Crowther, de l’université Yale, la réponse est : 3000 milliards. Plus exactement : 3040 milliards. Autrement dit, 422 arbres par humain à cette date.

Ce chiffre excède largement l’estimation dont on disposait auparavant, de 400 milliards d’arbres « seulement ». Ce changement doit tout à l’approche suivie par les chercheurs , qui ont conçu un nouveau modèle de répartition des arbres sur Terre en utilisant deux types de données : des estimations du couvert forestier issues d’imagerie par satellite – seule source de données de l’étude antérieure – et des comptages de terrains. In fine, le modèle fournit une estimation du nombre d’arbres pour chaque  kilomètre carré de terre émergée.

Munis de ces résultats, les chercheurs ont dans un premier temps estimé la richesse en arbres de la forêt boréale, des plaines et savanes tempérées, de la forêt tropicale et subtropicale humide et des onze autres « biomes » terrestres (les biomes sont les grands types d’écosystèmes que l’on trouve sur Terre, définis par des caractéristiques climatiques et écologiques communes et nommés d’après la végétation qui y prédomine).

Conclusion : les biomes les plus riches sont la forêt tropicale humide  et la forêt boréale, avec respectivement 799 milliards et 749 milliards d’arbres (soit 26,4 % et 24,3 % du total planétaire).
En revanche, en densité, c’est  la forêt boréale qui arrive en tête, avec en moyenne 48 000 arbres/km2. Contre environ 40 000 arbres/km2 pour la forêt tropicale sèche et pour la forêt tropicale humide, composées de feuillus.

Cette mise en perspective est une première sur le plan écologique, mais ce n’est pas la seule possible : on peut aussi évaluer, par exemple, le patrimoine en arbres de chaque pays.

En nombre, c’est la Russie qui arrive en tête avec 642 milliards d’arbres, soit 20 % du patrimoine mondial. Autant à elle seule que le Canada (2ème) et le Brésil (3ème) réunis.
Avec ses 18 milliards d’arbres, dont 12 milliards  sur le territoire métropolitain et 5 milliards en Guyane, la France figure quant à elle au 31ème rang.

Mais si l’on considère la densité, le classement est tout autre : ce sont la Finlande et Slovénie qui arrivent en tête, avec plus de 70 000 arbres/km2 en moyenne. Les trois plus grands pays forestiers – Russie, Canada et  Brésil – n’ont « que » 30 000 à 40 000 arbres par km2.

En outre, bien qu’il ne soit pas conçu pour, le modèle permet de visualiser l’impact de la déforestation dans certaines zones géographiques.

Transportons-nous par exemple dans les Caraïbes, sur l’île d’Hispaniola. À l’est, la République dominicaine, qui couvre 2/3 de l’île, compte 22 270 arbres/km2. À l’ouest, Haïti n’a plus que 5 466 arbres/km2 : l’effet d’une déforestation intensive, décrite dans ce documentaire de Geopolis

Concernant la déforestation, justement, les auteurs l’évaluent à 15,3 milliards d’arbres supprimés par an en moyenne, dans le monde, depuis le début des années 2000. Même en tenant compte des initiatives de reforestation engagées depuis 2006 dans la foulée du programme « Plantons pour la Planète » du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement, cela équivaut à une perte nette est de 10 milliards d’arbres par an ! Une perte d’autant plus dommageable qu’un hectare de forêt nouvellement planté ne peut remplacer la biodiversité perdue lorsqu’on sacrifie un hectare de forêt primaire.

C.K.

 

La méthode en bref
Pour dresser la comptabilité des arbres de notre planète, les chercheurs ont croisé deux types de données : les estimations du couvert forestier fournies par l’imagerie satellitaire, et des comptages d’arbres effectués par différents instituts forestiers à travers le monde, répertoriés dans des bases de données.

Ces comptages concernaient un total de 429 775 parcelles d’1 hectare situées sur l’ensemble des continents et des biomes (Antarctique excepté), mais réparties de façon inégale. Point important : lors de ces comptages, n’étaient inventoriés comme « arbres » que les plantes au tronc de bois véritable. Exit, donc, les palmiers, qui botaniquement parlant ne sont pas des arbres, mais des herbes géantes. Qui plus est, seuls les arbres mesurant au moins 10 centimètres de diamètre à hauteur de poitrine entraient en ligne de compte.

Les chercheurs ont d’abord conçu un modèle spatial de la surface de la planète, découpée en « mailles » de 1 km2. Ce modèle prenait en compte la répartition géographique du couvert forestier telle qu’indiquée par l’imagerie satellitaire, ainsi que la répartition géographique des biomes et diverses co-variables topologiques, climatiques et végétales caractéristiques de ces derniers. L’injection des données de comptage a permis de l’affiner et de le valider, après quoi il a été utilisé pour calculer la densité en arbres dans toutes les mailles. Les résultats obtenus ont ensuite permis d’estimer le nombre total d’arbres par biomes et par pays (« estimer », car il y a bien évidemment un intervalle d’incertitude).
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Source :
T.W. Crowther et al., Nature, 525, 201, 2015.

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